J'ai longtemps cru que je pouvais moi aussi goûter au bonheur, avec des ficelles de joie qui viendrait tirer mes commissures. L'imbécile illusion, je ne suis qu'un vampire banni par le genre humain, l'artifice du statuaire assoiffé de danses et de jubilation. Oui, je désire être au sommet de la suprématie. Et si je suis l'objet d'un statuaire, alors, que la pauvre espèce humaine m'implore de ne pas la châtier. Je respire la haine et la rancune, elle me ronge les poumons...j'en tonitrue, mais à quoi bon, je suis comme je suis : un être faible et immuable, miroitant les étoiles comme un accès à la liberté.
Prisonnière de l'éternité, les poings liés par des rayons lunaires dans l'obscurité, l'automate des hémoglobines, le paria des populations citadines. Je ne serais que ce même refrain à jamais...
Pourquoi ne puis je donc pas jubiler, dans les parcs des rares fleurs, qui donnent par leurs odeurs, de profonds baisers ? Pourquoi suis-je obligée, de parcourir des ruelles indécentes, pour déposer mes lèvres démantelées, sur la peau de proies innocentes ?
J'ai beau supplier le temps fugitif de m'emmener avec lui, il serait bien trop primitif qu'il puisse accepter. Je soupire qu'il m'accorde quelques moments encore, à assister au spectacle de l'aurore. Mais ma caustique raison me mène, à un monde ébène, où je m'efforce de marcher à travers d'immenses nuées. Et quand enfin je rencontre une femme tombée dans l'ivresse, la suave odeur de son sang fait frissonner mes narines, je la rassure d'une main traîtresse, sentant son c½ur palpiter sous sa poitrine, et déchire sa peau parfaitement, par deux entailles au sang ruisselant.
Il est trop tard pour ce Temps moqueur qui continue de sourire, je vois déjà la mer qui se retire, il me faut attendre les marées, et deux ou trois vagues pour me noyer.